Face aux mutations actuelles, l'éducation doit se renouveler en profondeur . Non seulement dans son contenu, mais aussi et surtout dans ses fondements, à commencer par le principe méthodologique qui la définit.
Le terme « formation » tire son origine étymologique du mot « forme », ce qui l'associe naturellement à l'activité de façonner, modeler et soigner son apparence extérieure . Puisqu'il aborde également la dimension intérieure, au point d'être parfois confondu avec le terme « éducation », qui me semble plus approprié, la formation se caractérise en définitive comme le processus par lequel se forgent la personnalité, la culture ou les compétences professionnelles d'un individu.
Voici le point essentiel : la formation, à mon sens, ne s’adresse plus à un sujet conçu comme une page blanche sur laquelle on pourrait définir les contours et la direction du fleuve de la connaissance et de l’expérience. La formation s’adresse à un sujet autonome et, par conséquent, doit remplir une fonction différente.
Je m'explique : les aspects techniques d'une profession, la manipulation d'objets et l'utilisation d'outils, sont, et seront de plus en plus, remplacés par des machines ; tout comme l'esprit qui régit leur manipulation et leur utilisation a déjà cédé la place à l'intelligence artificielle. Et ce, sans vouloir m'aventurer dans un scénario dystopique où ce qui précède ne serait que le premier pas vers un avenir entièrement gouverné par l'IA, qui a déjà des airs de présent.
Nous devons confier à la formation une autre mission, bien plus complexe et profondément humaine :
a) ne plus modéliser, mais révéler ;
b) non pas pour enseigner comment gérer, mais pour encourager les gens à inventer des façons de gérer ;
c) ne préparez pas la réponse, mais guidez-vous pour savoir comment poser la question.
J'aime résumer tout cela par un seul adjectif associé à la compétence : heuristique. Cette méthode de recherche est orientée vers la découverte et la résolution créative de problèmes. Du grec heurískein, « trouver » ou « découvrir ».
Et c'est là, en défiant la modernité, que ce géant de la philosophie moderne, que l'on appelle Emmanuel Kant, vient à notre secours : les principes régulateurs (que j'appelle heuristiques) ne décrivent pas les objets, mais guident l'activité de la raison dans la quête de la connaissance.
C’est dans cette optique que nous maîtriserons l’intelligence artificielle. Elle nous améliorera sans pour autant nous priver de notre activité neuronale spécifique. Nous l’utiliserons comme une prothèse, capable de nous enrichir et non de nous anéantir.
Et la formation ? Elle conserve toute son importance. Essayez donc d’apprendre aux gens à utiliser l’heuristique avec l’IA et à résister à la tentation de déléguer. Ce n’est pas chose facile.
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